vendredi 17 décembre 2010

Asterix en Bolivix

Depuis le 1er septembre, je loge dans un hôtel quatre étoiles du nom de Hostal Blanquita. Le bâtiment porte le nom de sa propriétaire et le nombre d'étoiles qu'elle a bien voulu lui donner. Il suffit en effet, en Bolivie, de trouver suffisamment de peinture pour peindre ensuite le nombre d'étoiles qu'on décide. Quatre est probablement le chiffre aimé de la vieille señora Blanquita, ou bien señorita, je l'ignore.

Le logis se trouve au numéro 242 de la rue Santa Crùz, au nord de la ville de La Paz. Le nord de la ville est probablement la partie la plus animée, mais aussi la plus précaire. Les seules institutions administratives du coin nord sont les bureaux de fondations d'entreprises et les labyrinthes de l'immigration que je connais à présent sur le bout de mes doigts. La rue Santa Crùz se présente comme une rue particulièrement pentue : au bas de la rue, se trouve le nouveau marché « Lanza » tandis ce qu'en haut de la rue, à trois ou quatre blocs, se trouve le marché noir. On y vend les objets volés. Pratiquement en face de la porte d'entrée / sortie de l'hôtel Blanquita, se trouve une rue perpendiculaire au nom de Linares : s'y trouve le marché des sorcières. La rue Linares est sans conteste la rue la plus visitée par le « tourisme bourgeois » de celles qui sont dans le coin nord où je me trouve.

Voici quatre mois que je m'ennuie dans ce quartier, et qu'avec l'ennui sont nés à nouveau les chevaux fols et les serpents de la raison. Les eaux, ici, sont stagnantes. La raison, l'inspiration, tout exercice y stagne, et celui qui tient à pratiquer la bicyclette acquiert au marché noir un vélo d'appartement : il fera du sur place et alors seulement son exercice sera des plus appropriés. Au 1er septembre 2010, je suis arrivé à l'aéroport de la ville satellite de l'Alto. On dit d'elle qu'elle est satellite dans la mesure où elle entoure tout La Paz ou pratiquement ; il s'agit en outre de la 1ère ville du pays, c'est-à-dire de celle la plus peuplée. Assurément j'étais supposé arriver au 31 août. Cela dit, je restai bloqué dans la ville de Guyaquil, en Équateur, pour une journée faute de vol de connexion pourtant prévu au « programme ». Avant cela encore, je séjournai deux semaines à Madrid, en Espagne, et trois semaines dans le département de Coimbra, au Portugal. Enfin mes démarches « migratoires » touchent à leur fin : il me manque à récupérer ma pièce d'identité bolivienne. Chose faite, je monterai pour le coup dans un vieux bus en direction de la chaleureuse et mythique Amazonie colla (San Buenaventura) et camba (Rurrenabaque). Il s'agira pour moi d'un trajet de vingt heure, lequel a pour itinéraire la joyeuse route de la mort.

mercredi 29 septembre 2010

4 contes boliviens

Lundi 27 Septembre 2010, dans l’après-midi – je recueille mes premiers contes boliviens. C'est Teresa qui, assise à son bureau et moi en face, me les raconte de vive voix. C'est elle aussi qui me les présente comme des contes. Il fait frais : je vais chercher mon manteau avant que nous ne continuions notre conversation dont émane le charme et la chaleur du pays et de ses modes de vie. Teresa me conseille d'acquérir un livre de recueils de contes, légendes, récits, etc. du pays. Je décline son aimable invitation puisque j'entends justement entendre les récits tels qu'ils sont racontés par les natifs. Ceux, peut-être, que l'on visite le plus régulièrement – ce que l'on n'a pas encore oubliés. S'il m'est possible de l'entreprendre, j'entends relever au moins deux ou trois versions par conte en interrogeant plusieurs personnes. Ceci me permettrait de relever la vie qu'il y a dans les variations d'une version à une autre d'un même conte. Je suis d'avis, en effet, que la vie d'un conte réside dans la façon dont les gens les restituent : avec leurs différences de thèmes et de tonalités. Je ne crois pas que le même parfum porté par deux personnes différentes dégage exactement la même odeur et la même saveur. Le rapport que les gens entretiennent aux contes, voilà ce qui m'intéresse ! J'entends être en relation moi-même avec le rapport que ces gens qui me ra-content entretiennent à l'oralité : ouvrir grand mes oreilles, écouter, donner du répondant, voilà ce qui m'intéresse ! Un conte pour lui-même ne vaut rien. Il n'a de valeur que parce que nous sommes en relation à lui. Oui, mes chers amis, les contes aussi ont une disposition à lier.
Lorsque j'aurai rendu un certain nombre de contes, je me disposerai ensuite à me rendre dans les endroits dans lesquels on dit qu'ils eurent lieu. Par exemple, dans le village de Caata en ce qui concerne Le taureau près de la lagune. Là, je recueillerai quelques informations d'ordre culturel, cultuel, géographique, géologique, etc. Je préciserai grâce à cette entreprise la situation des contes : alors seulement ils seront enracinés pour de vrai, non seulement dans nos mémoires, mais aussi dans le sol du pays. Un conte sans penser de cas déterminé serait semblable à un arbre sans racine : il ne traduirait pas la moelle secrète de la vie. À ce niveau là, si les contes que je retranscrit se résumaient à ça, je ne vous en voudrais pas de laisser à l'abandon mes tristes écrits.


Le taureau près de la lagune
« Le taureau près de la lagune » me fut introduit comme un conte par une bien aimable amie de longue date. Elle-même l'a entendu de sa mère, laquelle vit dans la vallée de Caata, au nord de la ville de La Paz. Les citoyens de Caata vivent dans une région montagneuse. Caata est un village situé dans une vallée, entouré de monts et de montagnes. On dit que où il y a des montagnes, et en particulier lorsque des mines y furent creusées, le diable est dans les murs. Ce diable est celui qu'à Potosí on appelle Tio – le gardien des ténèbres et des profondeurs, celui qu'on honore aux côtés de la vierge Marie avant que d'entrer dans la mine, afin que tous deux nous garantissent leur protection.
Il se dit à Caata qu'en ce temps là, un berger s'égara de son troupeau. Le berger se retrouva bordant une lagune, vers les bords de laquelle il vit un taureau très noir. Interpelé par le taureau très noir, le berger s'en approcha de plus en plus, à pas lent, quand sous ses yeux l'animal se transforma en une femme sublime aux longs cheveux très noirs. Faible, le berger céda aux charmes de la jeune femme. Celle-ci lui fit perdre la tête et c'est ainsi qu'on retrouvera le berger au lendemain : fou, l'esprit perdu.
On dit de la femme et du taureau qu'ils étaient le diable.


Le pauvre trompeur
Aux alentours de Caata, aux temps où les femmes sortent au marché chargées de nourriture et de matériel de cuisson ; aux temps où les hommes sortent dans les champs chargés de ce qui est nécessaire à l'agriculture et à l'exploitation des trésors que cède la terre ; aux temps où les jeunes gens entretiennent les animaux, il arrive aux citoyens d'échanger leurs services. Lorsqu'un homme a deux fois trop de travail pour lui, il partage la tâche avec l'un de ses pairs, lequel lui demandera ultérieurement un retour selon le même procédé. Cet échange est appelé : ayni.
En ce temps là, deux hommes en « service » arpentaient les chemins escarpés des monts avoisinant le village de Caata. Sur leur route, ils virent un homme à la triste mine très pauvre, lequel leur proposa de leur vendre une marmite contre la somme de cent bolivianos.
- Pourquoi la vends-tu si chère ? » dit l'un d'eux.
 - Parce qu'elle est capable de porter l'eau à ébullition sans même que vous ne la mettiez sur le feu », répondit le vieux pauvre.
Ne croyant pas les fables du vieillard, les deux villageois lui demandèrent de donner la preuve que ce qu'il disait était vrai. Le vieux montra bien l'exemple : il posa la marmite, y versa un peu d'eau, et l'eau se mit à bouillir sans que la marmite ne soit pourtant sur le feu. Intéressés, les deux villageois négocièrent le prix de l'objet et réussirent à le faire descendre à la moitié du prix au prime abord proposé : 50 bolivianos. La marmite acquise, tout joyeux ils l'emportèrent avec eux sur le chemin qui retourne au village. Le lendemain, les deux préparèrent la marmite et rien de ce qu'on y versait ne bouillait plus !
 - Je vous garanti que le pauvre qui nous a cédée cette marmite a pourtant réalisé l'exploit qu'on vous a rapportés ! » dirent-ils à leurs compères au village.
Ils eurent le sentiment d'avoir été trompés, et ils dirent avoir été trompés par conséquent. On dit que ce pauvre-trompeur est le diable comme on le dit souvent des apparitions.


La bergère et le condor
Caata est un village que surplombent des condors. On raconte qu'alentours du village de Caata, une femme très typique s'occupait des brebis de son père. Seulement, un jour vint où une brebis très jeune s'égara du troupeau. La femme chargée de garder le troupeau poursuivi l'animal égaré si loin qu'elle se retrouva dans les montagnes. Là, elle rencontra un homme au physique fabuleux et à l'allure séduisante.
- As-tu vu ma brebis ? » lui dit-elle.
 - Ne sais-tu pas que ces lieux sont dangereux ? » lui répondit-on.
 - Si, réagit-elle, mais l'une des brebis de mon père s'est perdue par ici, et si je ne ramène pas le troupeau entier à mon père, il me reniera. »
Comme le parcours qu'avait fait la jeune femme l'avait mise dans un état de fatigue et de famine, le jeune homme charmant l'invita à manger. Elle accepta et le suivi jusqu'au sommet d'un pique dans les montagnes. Après quelques minutes de repos, quand elle revint de la fatigue, la femme remarqua qu'elle se trouvait dans un nid ! Sous ses yeux, le jeune homme se transforma en condor, après quoi il l'informa qu'elle étaient son dîner, à lui et à ses pairs. Elle ne pourrait jamais partir. En entendant cela, la jeune femme pleura tant et tant que le condor lui proposa un pacte : la femme et lui se marieraient, ils auraient une descendance, et alors là seulement il la rendrait libre à nouveau. Elle accepta, mais leur mariage ne fut jamais consommée car, dès qu'elle le put, elle tenta de s'échapper du nid. Le condor la rattrapa avant tout, et il la tua.

Post-Scriptum : les condors sont des oiseaux carnivores qui mangent en vérité les bébés des brebis. L'une des tâches principales des bergers et des bergères consistent à protéger leur troupeau des assauts des condors.


La femme près de la porte du soleil
Alors que mon amie Teresa étudiait à l'université, elle se rendit, accompagnée de camarades, à Tiwanaku. Là, le groupe d'étudiants rencontrèrent un chaman, lequel s'adonnait à quelques rituels : il demandaient à la Pachamama de lui porter chance, lui offrit du tabac, de l'alcool et des feuilles de coca en offrandes, etc. Loin d'être sobre, une partie des jeunes étudiants se moqua de sorte que le chaman leur dit qu'ils pouvaient ou bien se taire, ou bien quitter les lieux. Si ne pas croire en la Pachamama est acceptable, s'en moquer est inacceptable, le chaman ajouta.
Les étudiants un peu revenu à eux, le chaman leur raconta cette histoire : « Il était une fois un homme qui, posté en face de la porte du soleil, ici à Tiwanaku, vit une femme superbe aux longs cheveux noirs. Elle était apparue près de la porte. L'homme en tomba instantanément amoureux fou : il avait l'intention de se marier à elle. Et comme c'est de coutume dans la région, l'homme la pris et l'emmena chez lui. De là, il avait l'intention de se rendre chez les parents de la femme en vue de leur demander la main de leur fille. L'homme voulait bien l'avis de cette déesse, mais elle ne dit pas un mot : elle se bornait à sourire. L'homme était fou d'elle. Toujours est-il que le lendemain à l'aube, aux premiers rayons du soleil, il fut retrouvé mort. Quant à la femme, on ne la revit jamais. »

jeudi 23 septembre 2010

Tramitear

Aux dernières nouvelles Evo Morales fut ré-élu cette année ; si aucun Revocatorio ne le déstitue - ne sait-on jamais - son mandat devrait durer jusqu'en 2015. D'apprès mon "enquête", il semblerait que certains anciens pro-Linera changent de camp : le socialisme de Linera s'affirme de plus en plus sous la forme d'un socialisme andin (cf. selon sa propre expression dans "Les groupes sociaux en Bolivie"), souligne la distinction ethnique, approfondi la sectorisation ethnique, ce que tous les collas ne souhaitent pas (c'est évident).

Je suis actuellement en train de "tramitear", de m'occuper de mon permis de résidence permanente. Par conséquent, il me faut demeurer sur La Paz un certain temps : au moins le temps que la Migracíon taupe me retire mon passeport. Cela dit : tant que je n'ai pas le permis de rester, je n'ai pas le droit de quitter le pays (ce n'est pas un problème mais j'aime le paradoxe !). Mes plans pour Rurrenabaque sont remis à plus tard : une fois que la Migracíon gardera mon passeport (bis) : à partir de là, j'irai en "éclaireur" chercher un lot.

J'ai eu l'occasion de retrouver mes anciens compagnons d'armes : Loïc avec son groupe de causeries francophones, Teresa, Miriam, Ricardo (pépé), Agustin, etc. Grand Dieu ! Si les relations se résumaient à "etc" la vie se résumerait à "usw" ! - L'allemand est de mise : d'ici quelques jours, la bière artisanale Saya favorisera son expention pour notre joie à tous. Le festival "Saya Oktoberfest" sera effectivement donné. Enfin ! Salud - quoi.

Si j'écris peu ici, c'est parce que j'ai autre chose à faire - c'est évident. Et puis, j'écris plutôt "littéraire" (cf. http://litterale-infortune.blogspot.com) et je penche sur mon projet de livre dont le titre n'est pas encore fixé (aux dernières nouvelles, ce sera "Les Exils"). Des photos (des bureaux de la migracíon, me dit-on - enfin pourquoi pas ?)suivront d'ici quelques jours probablement. Sur Facebook en tous les cas (profil : Vincent STEFFEN HENRiqueS). Mais enfin rien n'est moins sûr vu la lenteur d'internet (remarquez, c'est toujours mieux que le minitel propre aux français, hein). Ah ! Bolivia ej un lugar que hacemoj juntos por fin de encuentrar a loj demas. La parte más importante en nuestra vida ej el tiempo que pasamoj con el pueblo.

mercredi 11 août 2010

Et rebelote

Chers lecteurs,

Le Point final n'était apparemment pas un point final (ou alors : un final, c'est long). Dans la vie, on cherche, on se cherche, on cherche à déterminer ce qu'on cherche, on détermine ce qu'on cherche, on... certains ne cherchent rien. Peut-être. Passons car les aventures reprennent.


Après la Bolivie, je me suis rendu au Pérou (Cusco, Agua Caliente, Machu Picchu, Lima), ensuite de quoi je fis un tour au Canada (à Victoria, sur Vancouver Island) où j'ai passé six mois, suivi d'une petite virée sur Cuba... Après Cuba, il y a eu des tentatives de "ré-insertion" au cadre européen et aux études en Europe, mais rien n'y a fait, je suis mort à l'Europe, je suis mort à "mon" monde, je suis le Lazarus dont parlait Levi-Strauss : même les études étaient entre-coupées de courtes escapades en France, en Corée du Sud, au Danemark et au Portugal. Bref : à l'étranger tant que possible. En Suisse, et même en Europe en général, c'était tears, et nothing was never accomplished with tears I've come to the end of this life.

Ce n'est pas tout ça : le 23 août, voilà que je vais reprendre l'avion pour un arrêt de quelques jours à Madrid (Espagne) avant de retourner en Bolivie (atterrissage à La Paz ; l'altitude sans palier, ça va morfler). Elle m'appelle. L'idée consiste à s'installer à Rurrenabaque, au nord de la ville de La Paz. C'est par ailleurs à Rurre que nombre d'explorateurs avaient situé l'Eldorado : contrée mythique dans laquelle devaient se trouver 7 Cités d'Or tout aussi mythiques... Du coup, avec ces histoires d'or, Rurre est devenu connu ; ça tombait bien ! C'est plutôt mal acheminé, mais il y a de superbes ressources naturelles alentours : les natifs en ont donc profité pour en faire un parc, le parc Madidi. C'est l'ironie du sort, ce sont les touristes qui amènent de l'argent à Rurre.

Donc l'idée est de s'installer à Rurre, je l'ai déjà dit. En fait, il s'agirait de construire une maison modeste pour moi, et une autre (sans cuisine) pour les guests que j'accueillerai moyennant finance ; autrement dit, il s'agit d'entreprendre, de faire maison d'hôte. C'est possible. Les villages du genre sont très pauvres (parfois ils sont absolument pauvres) en matière de gît : on y trouve des hôtels riches pour riches (le touriste moyen ou la grand-mère bourge aux lunettes Reban et au t-shirt rayé D&G) mais peu d'hotel bons marchés ou de maisons d'hôte. A Rurre, il y en a une appelée "Mogli", elle est présentée comme "le meilleur deal pour ceux qui pensent à leur porte-monnaie". Il y en aura bientôt une autre.


En conclusion, à bientôt pour de nouvelles aventures.

lundi 24 novembre 2008

Point final

Chers lecteurs, il s'agit du dernier billet de ce blog, étant donné que mon errance en Bolivie , après pratiquement un an, s'achève par une transition au Pérou.

Au courant du mois d'Octobre, de La Paz, je suis retourné à Santa Crùz - la ville. Mon passeport était toujours retenu dans les bureaux du service migratoire. Mais cette histoire délirante à la teneur dantesque et kafkaïenne allait prendre fin, avec l'aide d'un tramitador que je chargeais de récupérer mon passeport. Près de 10 mois après avoir entammé les démarches en vue d'obtenir le permis de résidence pour un an en Bolivie, mon passeport me fut enfin rendu - mais pas sans peine. Une histoire simple et banale s'était transformée en un fait "délirant" - comme on en lit dans les histoires extraordinaires d'Edgard Poe. Celà dit, je vous dispenserait du suplice de la lecture d'une lettre similaire à celle qu'envoyait Hans Pfaall à son Excellence. Passons.

Je suis donc allé faire ma despedida à la famille - par alliance - de David, avant de retourner un jour ou deux à Santa Crùz, ou j'allais prendre l'avion en direction de Cusco : Pérou - antique capitale de l'empire Inca. Dans l'hôtel cruzeño, je retrouvais mes chers volatiles - des toucans - et le personnel de la maison. Et puis, et puis, et puis... c'est le 16 Novembre que j'ai pris l'avion pour Cusco, avec une escale à La Paz, ou il fallait re-passer par un guichet professionnelle dans les entourloupes migratoires. Comme je ne disposais plus que de quelques jours pour produire une "carte d'étranger" et ceci en dépit du "visa" qui me permettait de rester un an en Bolivie - c'est-à-dire jusqu'au 25 janvier 2009 - comme je ne disposais plus que de quelques jours pour produire cette fameuse carte, sans laquelle j'aurais dû être sévèrement taxé, j'expliquais aux agents que j'allais revenir en Bolivie dans 4 jours - ce qui était bien sûr un mensonge à demi pieux. Ils ont quand même trouvé le moyen de me taxer de 90 bolivianos sans expliquer le motif : quand je demandais, ils répondaient "c'est pour le vol à l'internationnal", j'expliquais que j'avais déjà payé 15 dollars pour la cause à l'aéroport de Santa Crùz, ce à quoi les singes répondaient "oui mais bon...".

Comme chantait Brel : les siiiinges, les siiinges de mon quartier !

Parmi les photos, des bananes cruzeñas et un décors cusceño.

mercredi 24 septembre 2008

Deux "documents" que j'ai traduit, autour de la situation politique du pays. Le premier (I) concerne la justification (par le MAS) de la disqualification de l'ambassadeur des États-Unis en Bolivie. Le second (II) concerne un appui venant d'une organisation états-unienne.


I

Avec l’appui de l’ambassadeur des États-Unis, le coup civique préfectoral est en marche en Bolivie. Les Etats-Unis sont en train de mener à terme un plan « putsch » pour déstabiliser le gouvernement populaire du président Evo Morales moyennant « el Conalde » (le Conseil National Démocratique). Ce qui s’est produit aujourd’hui dans les département de l’Oriente répond à ladite stratégie que nous détaillons ici :

  1. 13 Octobre 2006 : les Etats-Unis envoient en Bolivie, comme ambassadeur, Philip Goldberg, un expert en conflits séparatistes. Entre 1994 et 1996, il fut ambassadeur du bureau du Département d’État de Bosnie (durant la guerre séparatiste des Balkans). Puis, entre 2004 et 2006, Goldberg est retourné comme chef de Mission à Pristina (Kosovo), et il consolida, là-bas, la séparation et l’indépendance des régions, laissant des milliers de morts derrière lui.
  2. Philip Goldberg est venu en Bolivie avec la mission de déstabiliser le gouvernement d’Evo Morales, principalement en attisant les volontés séparatistes des régions orientales (Béni, Santa Crùz, Pando). En Bolivie, après le triomphe historique du 18 Décembre 2005, les partis traditionnels et les élites sont restés complètement abasourdis (sous le choc). Goldeberg s’est chargé de les réorganiser et de leur dévoiler un sentier conspirateur pour destituer Evo Morales.
  3. Goldberg a organisé une grande coordination auprès des entreprises de l’Oriente. Les patrons figuraient des moyens de communication et de politiques résiduelles de « pouvoir » pour mettre en place un grand plan de désinformation respectivement à la gestion d’Evo Morales, le tout dans le cadre d’une intensification des lutes régionales contre l’État bolivien : A) Ils devaient montrer que le narcotrafic s’étendait en Bolivie. B) Comme seconde étape, ils devaient montrer qu’Evo était en train de mal gouverner, que l’inflation, la corruption et le « dé-gouvernement » s’étendaient. C) Ils devaient charger les responsabilités de la violence sur le gouvernement d’Evo Morales. Et le milieu patronal a commencé à diffuser la perspective selon lequel Evo divisait la Bolivie. Consolidant ces étapes, Goldberge s’est réuni avec Jorge Quiroga, la première semaine de Mai. Ils s’accordèrent ensemble dans l’optique que le Séna approuve le Référendum Révocatoire. Le plan était qu’Evo Morales n’embrasserait pas les 50% des voix, et une foi délégitimé par les urnes, l’opposition et les préfets de l’Oriente auraient demandé la destitution du Président, « pour illégitimité, pour avoir mal gouverné et avoir divisé la Bolivie ». Cependant, les préfets qui n’avaient pas été consulté s’opposèrent à ce plan :
- 23 Juin : le Conalde s’est réuni à Tarija et a élaboré un arrêté écrit pour refuser le Référendum Révocatoire (La Razon, 24 juin)

- 17 Juin : Philip Goldberg retourne aux Etats-Unis (La Razon, et La Prensa, 17 juin) inventant une supposé crise diplomatique, là-bas il coordonne un plan auprès d’agences publicitaires, avec Goni et sanchez Berzaín, pour déclancher une guerre sale et faire qu’Evo perde le référendum.

- 2 Juillet : Goldberg revient à La Paz (La Prensa, 3 et 4 juillet) et se réuni avec chacun des préfets, en vue de les convaincre d’accepter de se présenter au Référendum. Il se réuni d’abord en Calacoto avec le préfet du département de Béni ; ensuite il influence le Conalde pour que celui-ci accepte de se rendre au Référendum.

- 5 Juillet : Les préfets opposants acceptent de se rendre au Référendum (La Razon, 5 juillet). Dans ce plan participèrent aussi les patrons des grandes chaînes de communication. En effet, les médias annonçaient, à Evo Morales, un soutien de 49% des citoyens votant (La Prensa, 21 juillet). La tentative de déraciner le gouvernement par le vote était en marche.

A ceci, s’était amorcé une intense guerre sale. Et Goldberg avait armé les protestataires autonomistes avec le soutien des agences publicitaires des Etats-Unis. En Bolivie, fut contacté une agence de publicité paceña (La Paz) pour élaborer les premiers spots « noirs » contre Evo Morales. Mais en se rendant compte que les soutiens financiers venaient des Etats-Unis, cette agence renonça de continuer à produire la Guerre Sale (Guerra Sucia). Comme part active de cette guerre sale, les médias annonçaient des fraudes supposées produites par le gouvernement de Morales. Et depuis les régions orientales, se produisait un appel à la grève de la faim massive pour obscurcir l’élection. Ce plan pour disqualifier Evo du gouvernement s’est vu affecté par le résultat insolite du Révocatoire. En effet, le ministère d’Evo a été légitimé avec 67% en sa faveur et il ne restait plus, pour Goldberg, qu’à amorcer un plan B, un plan de blocages routiers, de grèves et d’actions violentes qui débouchent sur deux voies :

  1. Le conflit se généraliserait et couvrirait l’Oriente et une partie de l’Occidente, les gens commenceraient à fatiguer, les forces de l’ordre réagiraient et produiraient un grand nombre de morts. Donc Evo devrait réorganiser des élections ou quitter le gouvernement après tant de morts. L’insistante provocation des policiers et de la FFAA pour qu’ils réagissent violemment et fassent feu contre les séparatistes fait partie du cadre de ce plan.
  2. Si cette première situation n’a pas lieu, une fois délogée la police et l’État national des régions, au moyen de la violence, avec le soutien des villages de l’Oriente rebelles, Goldberg proposerait aux préfets d’intégrer des médiateurs internationaux, y compris des casques bleus dans l’optique de concrétiser le séparatisme des 4 départements rebelles, comme il le fit au Kosovo.
Suivant ce plan « putschiste », Goldberg voyage à Sucre et se réuni avec la préfète Savina Cuellar. Cette préfète demande la destitution du président. Le jeudi 21 Août, Goldberg se réuni clandestinement avec Rubén Costas et 4 congressistes des Etats-Unis. (le montrent des images télévisuelles).

Le lundi 25 Août, il se réuni à nouveau clandestinement avec Rubén Costas. (Gigavision a capté les images). Parallèlement, le Conalde refuse le dialogue avec le gouvernement, et le 24 Août, il demande les blocages routiers et la grève générale. Suivant la ligne proposée par Goldberg, les préfets mirent en place un plan d’usure à moyen terme avec destruction des institutions publiques, prises (du centre de communication Entel, par exemple) et provocations persistantes (avec protestataires inclus) de la police et des forces armées. Dans la même ligne « putschiste », à Santa Crùz et Tarija, on a commencé à parler de fédéralisme d’indépendance (El Mundo, 22 août). Comme les services patronaux cruceños étaient plus intéressés par la Foire de Santa Crùz (qui doit commencer le 19 septembre) que par les blocages et les grèves, le département d’État convoque Branco Marinkovic aux Etats-Unis.

- 1 Septembre : dans l’avionnette Beechraft, matricule C-90A, Marinkovic voyage aux Etats-Unis ou il convainc le gouvernement que le plan est à sa phase finale et qu’il faut jouer le tout pour le tout.

- 9 Septembre : quelques heures après le retour de Marinkovic à Santa Crùz, s’embraye une journée violente, brûlage d’institutions et nouvelles provocations agressives face aux forces armées et de la police.

C’est le plan « putschiste » qui est en marche. Avec l’appui de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique du Nord. Pourquoi le plant états-unien ne peut-ils pas se consolider ? Parce que le gouvernement d’Evo Morales continue de contrôler et de circoncire, avec patiente et en maintenant la légalité, le conflit qui reste régionalisé. Conformément à l’information que nous avons reçu, le président de la République a annoncé hier que l’ambassadeur Goldberg a été déclaré persona non grata et il a été commandé au chancelier David Choquehuanca de réaliser les gestions correspondante à la place de l’ambassadeur Goldberg. La violence générée par des troupes intégrées au plan « putschiste » est la forme dans laquelle les secteurs conservateurs montrent leur décision d’en finir avec la démocratie parce qu’elle ne sert déjà plus leurs intérêts. Le peuple bolivien, comme l’a confirmé le 10 août passé, est le dépositaire et le défenseur de la démocratie, de l’intégrité nationale et de sa souveraineté. Les forces armées, la police nationale, signe respectueusement la Constitution, son conscient que plus avant de quelconques intérêts, il faut préserver l’unité de la Bolivie.

10 Septembre 2008.
Par la Banque des députés du MAS :
César Navarro
Gustavo Torrico
Gabriel Herbas
René Martínez

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II

"Le comité pour une Amérique Latine et les Caraïbes (LACC) de la Communauté de Lorreto des États Unis donne son appui inconditionnel au président Evo Morales élu par le peuple bolivien dans sa lute pour un changement en vue d'instaurer l'équité sociale et de relever La Paz dans toute l'ambition nationale.

Barbara Mecker
Valery Ann novak
Mary Bundy
Helen Santamaria
Anabel Landa"

mercredi 17 septembre 2008

Situation politique

Une trentaine de morts dans le département du Pando (partie de l'Oriente) : des groupes autonomistes ont massacré des campesinos, étant donné que règne l'identification campesino=massiste. Avec le racisme ambiant, en particulier dans l'Oriente, on n'en n'a pas fini de réduire les choses à des sujets éthniques : Colla contre Cambas.

La Bolivie et le Venezuela ont expulsés l'ambassadeur des États-Unis. J'ai d'ailleurs reçu un document du gouvernement massiste de la Bolivie, qui justifie cette expulsion : ledit ambassadeur des States en Bolivie serait un séparatiste "infiltré" dans les régions de l'Oriente (Santa Crùz, Béni, Pando) dans l'optique d'attiser les rancoeurs racistes, de séparer le pays en deux. N'oublions pas qu'Evo a nationalisé l'exploitation et la gestion des ressources naturelle (gaz, bois, eau) dans un certain nombre de secteurs territoriaux. L'exploitation du gaz, par exemple, n'est plus vendu au Chili, les prefets ne peuvent plus "se faire la main" dessus étant donné que le gouvernement centralise les bénéfices et la distribution de la richesse.


Depuis quelques matins, je suis réveillé au son des pétards "coups de feus" des marches protestataires qui sillonnent la ville de La Paz. L'autre soir, par exemple, le comité populaire (massiste) marchait habillé avec les cagoules blanches et pointues propres au Ku Klux Klan.

Les bloqueos continuent : la semaine dernière, je n'ai pas pu me rendre à Rurrenabaque, à la frontière La Paz/Béni, pour manque de mobilité. Quant à Santa Crùz et Tarija, doublement bloqués (bloqueos massiste et bloqueo autonomiste), ils commenceraient à manquer de nourriture pour cause d'absence de ravitaillements (la majeur partie des fruits et légumes étant acheminés depuis Cochabamba, région Colla - des andes).

Le prefet du Pando refuse de payer, au gouvernement, les impôts sur les hydrocarbures. Il s'annonce plus problématique que le prefet de Santa Crùz, pourtant habituellement présenté comme le plus fervant d'entre les autonomistes.

Etc, etc.